Dimanche 1 octobre 2006 7 01 /10 /2006 19:38

Si Edith nous a chanté qu’elle appréciait

se laisser emporter par la foule,

 pour moi, la folle farandole,

c’est moins une partie de franche rigolade

qu’une source de stress.

 

Il existe autant de foules différentes que de recettes de spaghetti. 

Selon l’endroit où elle naît,

ses membres adoptent un comportement différent. 

Je pourrais citer la foule des supermarchés le samedi,

la foule dans les transports en commun,

la foule dans les grosses artères commerçantes

ou encore la foule lors de concerts

et autres manifestations publiques.

 

Dans la rue, la foule est surtout mouvante,

mais hélas, elle ne se meut jamais dans le même sens que vous ;

vous êtes toujours à contre courant.

Les bousculades se succèdent et,

au bout de quelques minutes,

ces collisions qui vous font chaque fois faire un demi-tour sur vous-même,

finissent par vous orienter dans la mauvaise direction

sans que vous vous en rendiez compte puisque la foule est si dense

qu’il vous est impossible de visualiser un point de repère. 

 Il semblerait que tous ces gens sont animés d’une urgence

que rien ni personne ne peut soulager.

Ils sont pressés et ignorent les mots « désolé », « pardon »,… 

Je pense qu’ils n’ont même pas conscience

de vous avoir fracassé la clavicule…

 

Dans les supermarchés, la foule est dense, compacte. 

Chacun semble ignorer la présence des autres. 

Ce qui provoque immanquablement des embouteillages

et des pertes de temps qu’une simple idée,

même vague,

de civilité pourrait résoudre sans problème. 

Ca peut paraître simpliste à priori

mais si chacun pouvait prendre conscience

qu’il y a d’autres clients dans ce magasin,

la circulation se fluidifierait sans doute.

 

Dans les transports en commun, aux heures de pointe,

la foule est compacte et immobile. 

Le calvaire est en relation directe avec l’immobilité de la foule. 

Je ne suis pas bien haute, la nature l’a ainsi décidé,

c’est-à-dire que mon sens olfactif se situe à peu de choses près,

 et dans le meilleur des cas, au niveau des épaules des autres passagers. 

 Et si, comme je vous le disais plus haut,

le calvaire est inhérent à l’immobilité des personnes,

il est aussi en rapport direct avec la mobilité du véhicule…

cette mobilité qui oblige les passagers à lever les bras

 afin de se cramponner à la main-courante.

Personnellement, ce qui me fait vaciller

n’est pas le mouvement du véhicule

mais bien les effluves acides de mes plus proches voisins de nez,

j’ai nommé, les aisselles humides de tous ces inconnus. 

Encore, les matins d’hiver…

mais les après-midi de canicule !

 

Tiens, en parlant de main-courante,

il y en a une autre qui sévit dans ces endroits confinés

et où la promiscuité permet à ces messieurs,

en toute impunité,

les yeux innocents levés vers le plafond du bus ou du train,

de tâter honteusement les parties charnues des anatomies des dames. 

Pour peu qu’on n’ait pas le sens du scandale et de l’esclandre,

on subit ces assauts avec stoïcisme

et on se contente lâchement de déverser toute sa rancœur

 dans des billets d’humeur.

 

Lors des concerts, la foule est… dangereuse. 

 Elle est transcendée par les watts déployés

et elle est, curieusement,

extrêmement mobile tout en restant sur place !

 

Avant le spectacle, la foule cherche fébrilement les meilleures places ;

 c’est l’heure des bousculades et,

comme un chien qui fait dix fois le tour de son panier en osier,

le fan se fabrique son petit nid, d’où il pense être dans le meilleur angle de vue. 

 Il est arrivé très tôt,

avec son sac à dos gonflé de l’intégralité des armoires de sa chambre d’étudiant.

(Mais qu’est-ce qu’ils peuvent bien transporter dans ces sacs à dos ?

Une tondeuse à gazon, une scie sauteuse ?)

Bref, il s’assied donc, en position de lotus,

en attendant les premiers accords de son groupe préféré.

 

Vous arrivez, choisissez une place…

évidemment derrière ce fan assis. 

Vous ignorez alors que ce jeune homme a dû être nourri au lait transgénique. 

Dès l’annonce de l’arrivée du groupe tant attendu,

 vous vous rendez compte de la grossière erreur que vous venez de commettre ! 

Ce jeune homme assis est en fait le fils naturel

d’une femelle yéti et du Colosse de Rhodes ! 

Du haut de vos 160 centimètres,

vous commencez déjà à regretter le prix du ticket.

 

Le concert débute et la foule,

tout en restant au même endroit, commence à s’animer…

gentiment au début. 

Le but du jeu consistera à ce moment-là à vous mouvoir à contre temps. 

C’est-à-dire que votre mouvement devra être exactement inverse

de celui de votre voisin de devant. 

Vous pourrez ainsi profiter un peu du spectacle.

 

Mais au fur et à mesure que les morceaux s’enchaînent,

le rythme des spectateurs se fait de plus en plus fébrile. 

Votre plus grande crainte est cette propension

qu’ont les spectateurs de concert à,

 comment dit-on ? « Pogoter » ?

 Dès qu’ils commencent à sauter sur place,

vous pensez immanquablement que vous auriez été bien inspirée

de sortir vos chaussures de sécurité aux bouts en acier renforcé

au lieu de profiter des derniers beaux jours de l’été

pour mettre ces jolies tongs…

C’est à partir de cet instant précis que vous oubliez complètement

 que vous êtes venue voir un concert

et que toute votre concentration se mobilise

 pour éviter les « retombées » douloureuses de vos voisins endiablés.

 

Il faut aussi prendre en compte les fans retardataires,

qui n’envisagent à aucun moment de rester derrière

et qui, petit à petit, sournoisement,

s’insinuent jusqu’à se retrouver pratiquement sur la scène.

 

Il y a aussi les assoiffés chroniques,

qui passent et repassent avec des plateaux de bières

qu’évidemment ils épanchent sur votre nouveau tee-shirt,

bousculés qu’ils sont par les gestes tribaux et frénétiques de la salle en délire.

 

Je terminerai par la foule qui se presse devant le stand

du marchand de poulets rôtis,

 le dimanche au marché. 

Cette foule-là est une foule affamée. 

Elle a arpenté les allées maraîchères pendant des heures,

portant à bout de bras divers sachets

de fruits, légumes, vêtements, charcuteries, plantes vertes,

bouquets de fleurs et autres objets divers et,

avant le retour au foyer,

se dit qu’elle a encore un doigt de libre pour porter un sac de poulet. 

 Il est environ treize heures

et les estomacs entrent en rébellion.

 

Dans ce cas de figure,

le cerveau ne prend plus aucune responsabilité

dans l’attitude de cette foule qui devient,

au sens étymologique du terme, des gastéropodes ;

c’est-à-dire, gastéro pour estomac

et pode pour pieds… des estomacs sur pattes !!! 

Pour eux, rien ne compte, si ce n’est s’insinuer,

même pas discrètement, devant les autres clients,

pour être servi le plus vite possible. 

Et, bien évidemment, ces brutes épaisses achètent

de quoi nourrir tout leur quartier surpeuplé,

choisissant à coup sûr Le Poulet sur lequel vous aviez jeté votre dévolu. 

Avec un peu de chance, quand vient enfin votre tour,

 il ne reste plus que deux volailles atrophiées

et probablement, de leur vivant, anorexiques…

 

Ne m’accusez pas de misanthropie

et ne pensez pas que je déteste mes congénères car,

séparément,

en d’autres circonstances,

j’aime beaucoup les gens…

 mais dès qu’ils se rassemblent,

allez savoir pourquoi, j’ai peur…  

Par Pimousse - Publié dans : Billets de pimousse
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