Vendredi 16 février 2007
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Le premier barbecue de la saison
Allez savoir pourquoi, les premiers rayons de soleil printanier coïncident toujours avec une envie irrépressible de barbecue. On invite les amis, on se précipite au supermarché, on ramasse du bois mort et on se réjouit d’avance à l’idée du festin qui se prépare et à la cure de luminothérapie qui fera le plus grand bien après ces longs mois d’hiver tristes et gris.
Un des premiers obstacles à franchir dans ces circonstances, après l’altercation que vous avez eue au supermarché avec cette pimbêche qui vous a dérobé le dernier paquet de brochettes encore en rayon, c’est l’allumage du barbecue. Les premières expériences vous laissent des traces indélébiles dans la mémoire.
Souvenez-vous de votre premier feu, rappelez-vous que vous n’aviez réussi qu’à faire noircir les pages nécrologiques de votre journal, les restes du bois manifestant la plus mauvaise volonté à s’embraser.
Après de très longues minutes de lutte acharnée entre vous et ces matières soi-disant inflammables, deux options sont possibles…Soit vous finissez au Centre des Grands Brûlés, soit, penché au-dessus de ce que vous envisagiez être un brasier et qui, en fait, se résume à un amas de branches fumantes et poussiéreuses, vous soufflez à vous rompre les artères, sans succès ! C’est à ce moment que vous entendez vaguement les commentaires caustiques des voisins, se demandant si votre volonté est réellement de faire un barbecue ou bien si vous les détestez à tel point que vous voulez les asphyxier.
C’est souvent à l’heure des informations télévisées que vous pestez le plus, car vous entendez que des hectares de forêt sont chaque jour détruits par des feux, nés d’une simple négligence. Pourquoi ce satané barbecue met-il autant de mauvaise volonté à s’enflammer ? Vous essayez quand même, malgré tout, de jeter un mégot mal éteint sur les bois récalcitrants au cas où mais vous n’y croyez guère… Ca ne fonctionne que dans les forêts du sud ces trucs-là !
Et ce qui s’annonçait comme une soirée sympathique entre copains dégénère en cauchemar… Les invités tentent de vous venir en aide avec des conseils plus contradictoires les uns que les autres, certains vous disent qu’il y a trop de bois, d’autres pas assez, d’autres encore que vous devez tout recommencer depuis le début, ou bien qu’il convient de sortir le grill électrique,… ou bien vous observent du coin de l’œil, apéritif à la main, et se renseignent discrètement sur la présence d’un snack dans le quartier. Les pires étant ceux qui vous assomment de blagues moyennement rigolotes, vous conseillant d’enfiler une tenue d’indien afin de rendre les signaux de fumées encore plus pittoresques.
Bref, vous finissez invariablement par avoir les nerfs qui lâchent et l’envie de foutre tout ce beau monde hors de chez vous. Quelquefois même, vous regrettez l’hiver…
Quand, par miracle, vous parvenez à obtenir un feu convenable, il n’est jamais suffisant pour cuire la viande pour tous les invités, et les derniers morceaux sont souvent plus proches du carpaccio que de la grillade.
Très régulièrement aussi, le temps se gâte au moment même où vous avez réussi, avec force persévérance, à obtenir des flammes... euh… des flammèches ! Des trombes d’eau s’abattent alors sur votre festin et cesseront inévitablement dès l’instant où tout le matériel aura été rapatrié à l’intérieur et où vous aurez, tant bien que mal, fini la cuisson, la fourchette à deux dents dans une main et le parapluie dans l’autre, luttant péniblement contre les éléments déchaînés. Non non, j’exagère à peine.
Dans le cadre des événements indésirables qui se succèdent souvent avec frénésie dans ce genre de réception, il y a, et la liste ne sera certainement pas exhaustive, la merguez qui vous crache un jus bouillant à la figure chaque fois que vous approchez la fourchette, le pique-brochette métallique chauffé à blanc qui vous laissera des marques sur la peau pendant longtemps (notez que ces marques sont très utiles pour la traçabilité de la viande…), les guêpes qui tournent autour du plat et que vous chassez inutilement avec votre grande fourchette, mettant en péril l’intégrité physique de vos invités, etc, etc… Enfin, je laisse place à vos souvenirs pour alimenter cette liste à votre gré.
Mais les choses finissent toujours par s’arranger et quand, enfin, tous vos invités ont repris la route, vous restez quelques instants immobile et perplexe devant le capharnaüm laissé par toute cette troupe, les assiettes garnies de reliefs de côtes d’agneau, les taches de vin sur la nappe et le nombre incalculable de bouteilles vides. Et là, vous passez mentalement en revue chacun des convives en vous disant que pourtant, ce sont des gens assez bien élevés et vous vous demandez comment ces invités, qui sont vos amis, ont pu faire pour laisser votre jardin dans un tel état de délabrement !... Un essaim de sauterelles affamées n’aurait pas fait mieux. Même que si vous avez un peu de chance, vous saurez que certains ont eu quelques désagréments digestifs à cause du mélange viande-alcool, vous en aurez d’ailleurs la preuve dans les toilettes, et même peut-être, dans un recoin du jardin.
Toujours est-il qu’au terme de cette soirée, vous vous jurez de ne plus jamais vous lancer dans une telle aventure. Les barbecues, chez les autres, c’est tellement plus gai !
Donc, quand vous entendez à la radio, dans les journaux, que les premiers rayons de soleil sont dangereux à la santé… un conseil amical… croyez-le et si l’envie d’un barbecue vous taraude, attendez qu’on vous invite !
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