Les petites odeurs
Par Jieffe
Je ne sais pas si vous l'avez remarqué comme moi,
mais il semblerait qu'à notre époque hautement évoluée,
nos habitudes hygiéniques aient quant à elles
marqué un net recul,
ce que l'on pourrait qualifier de tendance néo-médiévale
Les rencontres avec ce que l'on qualifie pudiquement de "petites odeurs" se font en effet de plus en plus fréquentes.
Je n'évoque pas ici les conséquences fâcheuses
d'une consommation immodérée de cassoulet
ou autres plats à base de pois chiche.
Non, je parle des indices flagrants
-pour ne pas dire fragrants-
d'une hygiène corporelle défaillante.
Il faut d'abord préciser que je suis beaucoup
plus indulgent envers les adolescents.
A l'époque où je fréquentais le collège,
je dois en effet avouer que je me serais
sans doute bien classé
lors de l'élection de Mister Smelly 1986.
Les agressions olfactives peuvent surgir
à tout moment de notre vie
mais évoquons les grands classiques.
Tout d'abord, les transports en commun.
C'est là en général qu'on apprend que la promiscuité
(qui, contrairement à ce que pensent certains,
n'est pas un synonyme de fiancée
ayant bu une verre de trop)
possède des caractéristiques palpables.
D'où l'expression
"j'en ramasse plus avec le nez qu'avec une pelle".
On se rend d'ailleurs assez rapidement compte
des indices annonciateurs de la potentielle boule puante.
Par exemple, une importante surcharge pondérale
associée à une chemise 100% acrylique
font rarement bon ménage.
Comme exercice pratique, je vous recommande
particulièrement le train de 17h00 Bruxelles-Ath
un soir d'été caniculaire.
Plus grave est la rencontre pestilentielle dans un ascenseur.
Dans cet endroit confiné et généralement peu véloce,
il est quelquefois difficile d'empêcher
le repas pris peu de temps auparavant
de faire coucou aux amygdales
avant l'arrivée à destination.
Dernier exemple, mais qui me concerne particulièrement,
le client puant ! Lors de son entrée dans le bureau,
toutes les collègues semblent soudain
passionnément absorbées par leur travail,
laissant la rude tâche de l'accueil à votre serviteur.
A ce moment-là, il faut espérer que l'entrevue
sera de courte durée,
ce qui permet une approche en semi-apnée du malodorant
sans obligation de le recevoir dans le bureau privé,
forcément plus confiné.
Il faut évidemment éviter à tout prix le fou-rire,
généralement initié par un regard furtif
lancé par l'une des collègues.
Il faut savoir que le départ de l'individu ne résout pas tous les problèmes, loin de là !
La mauvaise odeur a sa propre existence,
indépendante de tout support physique.
Bref, elle persiste.
Et là commence votre propre gêne :
le client suivant, celui qui vient de sortir de sa douche
et de s'asperger d'eau de toilette,
que va-t-il penser ?
Ben oui, que c'est vous qui puez !
Donc, il faut faire disparaître les réminiscences
odoriférantes du mal lavé.
Le premier réflexe est de se jeter sur la bombe de Brise.
Trèèès mauvaise idée !
Si le puant revient sur ses pas et vous surprend en train
d'aggraver à tour de bras le trou de la couche d'ozone,
cela risque de créer un malaise dans la relation commerciale.
Sans oublier que vous avez l'air stupide en arrêt sur image,
tenant l'aérosol à bout de bras.
La solution discrète, efficace et professionnelle,
c'est le bâton d'encens !
Non content de camoufler les effluves pestilentielles,
l'encens donne au bureau
ce petit cachet New Age si tendance.
Je terminerai sur cette question hautement philosophique :
si on est toujours le con d'un d'autre,
est-on aussi le puant d'un autre ?
Pas sûr…
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